Les enjeux du Développement Durable
par Dominique Bourg
Journée inaugurale des DESS Relations Publiques de l'Environnement et
Déchets Solides et Eco-conception – Lundi 9 septembre 2002
Maison du Parc Naturel Régional du Vexin français (Théméricourt)
Plusieurs interventions ont été réalisées dans la maison du Parc Naturel Régional du Vexin français pour accueillir les étudiants (stagiaires) de le 21ème promotion du DESS Relations Publiques de l'Environnement (RPE) et la 3ème promotion du DESS Déchets Solides et Eco-conception (DSE). Seule l’intervention de Dominique Bourg sur les enjeux du Développement Durable est retranscrite.
Quelques jours après le sommet mondial pour le Développement Durable de Johannesburg, le but de cette intervention est de formuler une explication, une définition, du Développement Durable (D²). A l'heure actuelle, personne ne sait ce qu'est le D², et la seule certitude est que le mode de développement actuel n'est pas durable. En effet, aucune espèce vivante ne peut vivre en épuisant les ressources naturelles et en accumulant des déchets.
Le sommet mondial pour le Développement Durable de Johannesburg établit un bilan des 10 années post-Rio (1992). Sur la plupart des sujets abordés au cours du sommet (changement climatique, eau, déforestation, désertification, déchets, érosion, biodiversité, organismes génétiquement modifiés…), le constat est très négatif même si les idées sont positives.
Le D² est un défi social et collectif difficile et important mais qui n'est pas infaisable. Une partie du problème réside dans les institutions qui sont loin de ce D², et aussi loin de changer. Il n'existe pas actuellement de projet alternatif viable. Et plus qu'un projet alternatif, s'il existe, il n'y en a sûrement pas qu'un. Le mode de vie actuel (notamment basé sur le mode de vie américain) n'est pas près à changer (et non pas « prêt de changer »).
La définition du D², issue du rapport Brundtland, présente un défi basé sur des compromis diplomatiques pour le développement des pays du Sud et la protection de l'environnement couplée au développement dans les pays du Nord.
Le D² s'appuie sur trois pôles : le pôle social-politique-culturel, le pôle économique et le pôle environnemental. Ce dernier sert de moteur d'idée pour arriver à une combinaison harmonieuse entre les trois pôles. Mais à ceci s'ajoute la solidarité nationale, l'éthique.
Deux interprétations de la définition peuvent être faites :
- Interprétation faible La matrice de notre culture est basée sur la substitution du naturel par l'artificiel. C'est la théorie de l'équité entre les générations (Bacon, 1626) qui consiste à consommer des ressources naturelles pour les transformer en techniques utilisables par les générations futures. Les générations futures ont donc moins de ressources naturelles à leur disposition mais plus de techniques. Cependant, les techniques, en résolvant un problème en créent d'autres. Les enjeux mis en avant par cette interprétation sont énormes.
- Interprétation forte L'objectif de cette interprétation est la décroissance des flux de matière et d'énergie. Cette décroissance n'implique pas forcement une décroissance économique et/ou sociale et ne doit pas casser le dynamisme culturel, social… C'est cette interprétation qui montre qu'il n'existe pas un mode de développement durable mais des modes de développement durable.
Constats d'un développement actuel non durable
Que ce soit l'érosion actuelle des sols qui est beaucoup plus importante que l'érosion naturelle, le cycle de l'arsenic qui est quatre fois supérieur au cycle naturel, la déforestation… il est facile de voir que l'homme. "L'Homme est devenu une force géomorphologique". Ces constats sont largement corrélés avec l'arrivée de l'industrialisation sur la Terre.
Le premier exemple est l'agriculture. La production de blé, la consommation d'eau et les surfaces irriguée ont triplées depuis 1850 alors que la population mondiale n'a été multipliée que par deux. Cette évolution exponentielle se poursuivra-t-elle dans le futur ?
Le changement climatique est autre constat accablant. Le taux de CO2 dans l'atmosphère est passé de 280 ppm à 365 ppm en 100 ans. Les dernières 400 000 années l'ont vu osciller entre 200 et 280 ppm. La température moyenne de la Terre a augmenté de 0,6°C, l'intensité et la fréquence des pluies ont aussi largement augmenté dans les trois dernières décennies. Or les écosystèmes sont très sensibles à des changements de régime de pluie et de température. Près de 80 % des êtres humains vivent sur les côtes des continents : une augmentation du niveau de la mer provoquerait une série de changements géopolitiques et sociaux très importants…
Les obstacles au développement des techniques
Les services écologiques sont les services que la nature rend : décomposition des déchets, régulation du climat, préservation de la biodiversité, la purification de l'air, la pollinisation des plantes par les abeilles… sont les premiers type d'obstacles.
L'esthétique en est un autre. Peut-on imaginer un monde sans arbre ou sans animaux ?
La maîtrise de la nature est locale et pour une durée déterminée. Les effets de l'utilisation des techniques sont souvent dommageables car leur utilisation commence avant d'en connaître les conséquences : le savoir scientifique est progressif. Nous pouvons citer en exemple l'effet de serre additionnel, la diminution de la quantité de spermatozoïdes chez les animaux certainement due aux pesticides.
Les difficultés du Développement Durable
Le moteur de la croissance, du développement actuel est la transgression de toutes les limites : le mouvement, la progression. Or la démocratie repose sur le partage et la redistribution des biens, de la croissance.
Le D² est le refus d'une croissance sans limite et tous azimuts. Le D² est le développement qui devient conscient que la production de biens produit aussi des maux.
Un exemple est celui du changement climatique, inévitable car déjà en cours. Il sera possible de s'y adapter si on le réduit. Le transport est pour 20 % responsable des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Mais la lutte n'est possible que si l'effort est international.
Comment mettre en œuvre le Développement Durable ?
Trois voies de mise en œuvre du D².
- Le Principe de Précaution (P²). Pour appliquer le P², il faut une incertitude scientifique sur l'effet d'un procédé, d'un produit… Il est souvent obligatoire de prendre une décision avant que cette incertitude soit levée. Le P² vise à refuser le progrès systématique et anticiper les conséquences avenir. Ce P² concerne un certain nombre de risque et des conditions d'application face au progrès sans limite.
- Le démocratie représentative avec les conférences de citoyens (recommandations de citoyens non liés au sujet mais formés en amont, opposés à des experts). Les essais de démocratie participative ont jusqu'ici toujours débouchés sur des décisions raisonnables.
- L'écologie industrielle a pour volonté systématique de réduire les flux de matière et d'énergie pour diminuer les impacts sur l'environnement. Un exemple peut être l'échange de sous-produits. L'écologie industrielle englobe toute la société industrielle par une économie de fonctionnalité : les biens sont loués plutôt qu'achetés et le but est donc de les faire durer le plus longtemps possible avec le moins de maintenance possible. L'écologie industrielle vise à séparer les flux financiers des flux matière et énergie. Un autre aspect de l'écologie industrielle est le recyclage au niveau moléculaire qui reste une fiction mais permettrait de maîtriser directement des cycles de matière.
Le D² est un vieux combat qui se poursuit dans un contexte différent (changement climatique..). Il doit s'inscrire une logique de long terme pour un intérêt général repensé (en incluant les générations futures).
Le débat qui a suivi cet exposé a précisé quelques interrogations :
- La croissance est opposée au D², or le nerf de la guerre des entreprises est la croissance. Donc comment inclure le D² dans les entreprises ? Il faut comprendre que la croissance financière doit être déconnectée de la croissance du flux de matière et énergie car c'est ce dernier qui a des conséquences sur les grands problèmes environnementaux.
- Les Etats-Unis ont une grande puissance armée, contrairement à l'Union Européenne. Dans la perspective du changement global, les peuples majoritaires (en nombre) vont se révolter. L'Union Européenne aurait donc choisi l'alternative du D² par l'absence d'armée et intègrerait alors les pays pauvres dans le volet social du Développement Durable pour s’en protéger.