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Calibrage expérimental du partage du fer (Fe) et
du magnésium (Mg) entre la Biotite et le Grenat.
J.M. Ferry et F.S. Spear.
Contributions to Mineralogy
and Petrology 66, 113-117 (1978).
Synthèse de Julien BERTHOLON - Vivien DUPRAZ - Ludovic
GONIN.
La coexistence de
la biotite et du grenat à l'équilibre engendre une répartition inégale du fer
et du magnésium entre ces deux phases. Nous allons étudier ici le partage du
fer et du magnésium, noté Fe-Mg, entre le grenat et la biotite et mettre en
évidence que ce partage ne dépend que de la température. Le but de cette étude
est de calibrer ce dernier (trouver la formule la plus proche de la réalité).
Ainsi, en
déterminant le partage Fe-Mg entre la biotite et le grenat d'une roche
naturelle, nous pourrons connaître la température de cristallisation de ces
phases et classer cette roche dans tel ou tel faciès métamorphique. On dit que
le couple utilisé est un géothermomètre.
Résumé :
Pour étudier le
partage Fe-Mg entre la biotite et le grenat qui cristallisent à l'équilibre, on
étudie la réaction :
Annite
+ Pyrope -->Phlogopite + Almandin
Fe3Al2Si3O12+KMg3AlSi3O10(OH)2
-->Mg3Al2Si3O12+KFe3AlSi3O10(OH)2
pour de la
biotite de synthèse (Fe,Mg)3Al2Si3O12
(dont les pôles ferreux et magnésien sont respectivement l'annite (ann) et la
phlogopite (phl)) et du grenat de synthèse K(Fe,Mg)3AlSi3O10(OH)2
(dont les pôles ferreux et magnésien sont respectivement l'almandin (alm) et le
pyrope (py)).
Les résultats
expérimentaux vérifient sous 2,07 kbar et pour une température de 550°C-800°C :
Dans cette étude,
on utilise des mélanges de biotite et de grenat tels que le grenat est en excès
(le rapport Grt/Bt est de 49/1). A l'équilibre, la composition du grenat ne
change quasiment pas. Cet équilibre est démontré de façon réversible pour
chaque température. On étudie son rendement par analyse numérique.
Introduction
:
Un des principaux
buts de cette expérience est de fournir des méthodes qui peuvent être utilisées
pour estimer la température de cristallisation de chaque minéral d'une roche.
Le calibrage en laboratoire d'éléments partagés entre les phases minérales est
une méthode particulièrement utile puisque c'est un phénomène qui dépend de la
température, et indépendant de l'activité des volatils présents dans
l'environnement géologique (CO2, H2O…). Cette activité
influencera la stabilité des phases mais pas les proportions de Fe et Mg dans
la roche.
Une procédure
expérimentale est présentée ici pour déterminer le partage Fe-Mg entre deux
phases pour des températures situées en dessous de 800°C. Cette procédure est
importante parce que le partage Fe-Mg pour des températures inférieures à 800°C
restait sans succès (Medaris, 1969 ; Gunter, 1974).
Procédures
expérimentales :
Les grenats alm80py20
et alm90py10 sont synthétisés dans des capsules de
graphite anhydre en milieu solide sous haute pression (26 kbar) à 1100°C
pendant 18h. Les biotites ann25phl75, ann50phl50,
ann75phl25 et ann100phl00 sont
synthétisées de façon hydrothermale dans des capsules de Ag70Pd30
sous une pression de 2,07 kbar dans un récipient étanche à 750°C-780°C pendant
une durée allant de 124 à 206h. Chaque minéral est préparé à partir de mélanges
de fayalite, g -Al2O3, cristobalite, MgO et
cristalline K2Si2O5.
Les échantillons
sont réduits en poudre et ensuite analysés par diffraction de rayons X. Les
diagrammes de réfraction qui en résultent ne font apparaître que des pics de grenat
et de biotite. Donc la majeure partie des produits synthétisés (~99%) sont,
soit du grenat, soit de la biotite. La production du alm80py20
de synthèse a été contrôlée par une analyse chimique effectuée sur 4 éléments
par une microsonde électronique : un spécimen composé de différents minéraux a
été étudié comme standard et sa composition a été déterminée avec une erreur de
±
0,01 Xalm. La composition de alm90py10 a été
vérifiée par analyse chimique partielle de Fe et de Mg par microsonde
électronique en utilisant le alm80py20 précédent comme
standard. Environ 10 analyses ont été faites sur les grenats alm80py20
et alm90py10, espacées au hasard sur les échantillons et
aucune zonation chimique n'a été observée sur ces grenats de synthèse (avec ± 0,01 Xalm).
La taille des
différents éléments ainsi que leurs indices de réfraction sont de bonne qualité
puisqu'ils sont situés dans l'intervalle d'incertitude et coïncident avec les
résultats des études de Hewitt et Wones (1975) (exception faite pour la biotite
ann100phl00 où la présence d'aluminium dans les sites
octaédriques explique la divergence des résultats). La cohérence de ces
résultats avec ceux de Hewitt et Wones est un argument fort qui montre que les
compositions intermédiaires des biotites sont linéaires (selon le partage
Fe-Mg). Les biotites de synthèse sont placées sur une lame et les intensités
des pics de rayons X pour Fe et pour Mg, respectivement IFe et IMg,
sont mesurées. Pour ann25phl75, ann50phl50
et ann75phl25 , on note que IFe/IMg
est alors une fonction linéaire de CFe/CMg, (où Ci
est la fraction en poids de l'élément i) passant par l'origine. La cohérence
interne de IFe/IMg avec CFe/CMg est
une conséquence de la synthèse des biotites qui ont une composition linéaire.
L'expérience de partage de Fe-Mg
consiste à combiner du grenat avec de la biotite dans un mélange selon le
rapport Grt/Bt=98/2 (avec une base de 12 atomes d'oxygène pour chaque
constituant). Ce mélange, avec des particules de la taille approximative du
micron, est placé dans des capsules scellées de Ag70Pd30
dans de l'acétone, à des températures de 550°C-800°C et sous une pression de
2,07 kbar pendant 3 à 9 semaines. La température est mesurée par une gaine
constituée du thermocouple Cr-Al (en métal inoxydable), et calibrée in situ
à partir du point de fusion du NaCl (800,4°C) entre chaque expérience sous une
pression de 1 atmosphère. La température, au cours de chaque expérience, est
maintenue par un cycle de contrôle de Honeywell-Brown de ± 3°C.
L'incertitude sur la température est donc ± 6°C. La pression est mesurée par un tube jaugé et
calibré par son fabricant avec une incertitude de ± 50 bars. La
fugacité de l'oxygène est contrôlée dans cette expérience par le tampon
graphite/méthane (Eugster et Skippen, 1967). La forte teneur en eau dans les
échantillons est absorbée pour faciliter la réaction. En effet, elle ne change
pas significativement la composition volumique des solides. On remarque que la
composition du grenat reste inchangée (avec l'incertitude de la microsonde électronique).
Après l'expérience, l'indice de réfraction du grenat est d'environ 1,82, ce qui
est la valeur appropriée pour alm90py10, donc le grenat
hydraté n'a pas pu se former lors de la réaction de partage. A la fin de
l'expérience, les capsules sont ouvertes et le contenu est placé en lame mince.
La composition des grains de biotite est ensuite déterminée par microsonde
électronique en utilisant la droite de calibrage. Dans une population
d'inconnus, la composition moyenne de 5 grains sur 15 est déterminée. Cette
méthode a été développée par White (1967) et a été exploitée avec succès par
Eugster et al. (1972) et Spear (1976). En répétant l'analyse des biotites de
synthèse avec les procédures décrites précédemment, on note que la précision de
la composition mesurée des biotites est de ± 0,01 Xann.
L'équilibre est démontré à chaque
température en plaçant deux capsules dans un même compartiment pressurisé :
l'une contenant du grenat et de la biotite plus riche en Mg et l'autre du
grenat et de la biotite plus riche en Fe (par rapport à la composition de la
biotite à l'équilibre avec le grenat à la même température). Dans l'expérience
avec le grenat alm90py10, les compositions des
différentes biotites à la fin de l'expérience ne diffèrent que de 0,04 moles d'annite.
L'avantage du rapport Grt/Bt=98/2
dans l'expérience est que le grenat, qui réagit lentement, ne doit pas changer
significativement de composition lors des réactions. Par exemple, deux mélanges
(alm90py10+ann50phl50 et alm90py10+ann100py00)
ont des compositions volumiques très proches. Si ces deux derniers sont portés
à des pressions et températures arbitraires, on peut remarquer que la
composition de la biotite dans les deux mélanges va changer considérablement
alors que celle du grenat va rester constante.
Dans une
expérience à 740°C, un grenat alm90py10 est mélangé à une
biotite de composition ann100phl00. A la fin de cette
expérience, la mesure de la composition de la biotite est ann73phl27
en masse alors que la composition du grenat n'a varié que de 0,0055 moles
d'almandin. Or, c'est à 740°C que le plus grand changement de composition du
grenat a lieu. Dans les autres expériences (à des températures différentes), la
composition du grenat variait en général de 0,002 moles d'almandin. La prédiction
du faible changement de composition est vérifiée expérimentalement par la
détermination de la composition du grenat, avec l'incertitude de la microsonde
électronique (± 0,01 Xalm). Cette technique doit être
applicable à la détermination du partage d'éléments entre une paire de
minéraux.
Des études complémentaires nous
montrent que la biotite ne réagit pas seulement avec les bords du grenat mais
avec tout son volume. En effet, dans le cas où la biotite ne réagit qu'avec les
bords du grenat, le rapport Grt/Bt devrait être conserver tout au long de nos
expériences. Or, ce n'est pas le cas. La biotite est donc équilibrée avec le
volume de grenat.
Résultats :
Les résultats des expériences avec
le grenat alm90py10 et la biotite à 2,07 kbar sont en accord
avec l'expression :
où K=(Mg/Fe)Grt/(Mg/Fe)Bt
en poids et les coefficients ont été déterminés par régression linéaire. A
l'équilibre de la réaction
Fe3Al2Si3O12+KMg3AlSi3O10(OH)2
-->Mg3Al2Si3O12+KFe3AlSi3O10(OH)2
on a l'énergie
libre D G = D H-TD S+PD V+3RTlnK = 0. Si D H, D S et D V de cette
réaction sont indépendants de la pression et de la température dans les
conditions de l'expérience, on retrouve D S = 3R (0,782) = 4,662 e.u. et D H + 2070 D V = 3R
(2109). Pour cette même réaction, on obtient D V = 0,057 cal/bar et D H = 12,454
cal. Le partage Fe-Mg dans les biotites et grenat peut donc être caractérisé
par l'équation fonction de la pression et de la température :
12,454
- 4,662 T(°K) + 0,057 P(bar) + 3RTlnK = 0
Les expériences
ont été réalisées à 600°C et 700°C sous 2,07 kbars avec du grenat alm80py20 au
départ pour comparer la dépendance de lnK dans la composition du système
alm-py-ann-phl. On a lnK en fonction de 1/T qui est bien une droite. Cependant,
le mélange idéal de Fe-Mg, entre la biotite et le grenat en solution solide,
est de composition située dans l'intervalle 0,80 £ Fe/(Fe+Mg) £ 1,00.
Applications :
La droite lnK en fonction de 1/T et
l'équation
12,454
- 4,662 T(°K) + 0,057 P(bar) + 3RTlnK = 0
représentent le
géothermomètre pour des roches contenant de la biotite et du grenat et dont la
composition binaire Fe-Mg est fixée. Il est clair que, depuis les analyses de
biotite et de grenat de différentes compositions, la constante d'équilibre K
est uniquement fonction de Ca et Mn contenu dans le grenat et uniquement
fonction de Ti et AlVI contenu dans la biotite. Il faut appliquer ce
géothermomètre avec précaution aux systèmes contenant une somme significative
de Ca, Mn ou Ti. Les expériences de cette étude démontrent pourtant une
procédure dont la dépendance de K envers ces éléments dans le grenat et la
biotite peut-être expérimentalement déterminée.
Le partage Fe-Mg a été calibré dans
deux études mesurant la composition en grenat et en biotite d'une roche
naturelle spécimen pour chaque température de cristallisation, estimées dans
des milieux indépendants :
·
Goldman et Albee (1977)
: température du rapport 18O/16O entre quartz et
magnétite.
·
Thompson (1975) :
température à partir des assemblages minéralogiques en relation avec les
équilibres de phase.
Ces calibrages
montrent qu'il n'y a pas d'influence de la pression sur le rapport Fe-Mg entre
la biotite et le grenat. Les résultats expérimentaux de cette étude et une
extrapolation de celle-ci à des températures plus basses confirme le calibrage
de Thompson dans un intervalle de température 400°C-600°C (à ± 50°C
au-dessus du calibrage de Goldman). L'accord entre les résultats de laboratoire
de cette étude avec les deux calibrages basés sur les échantillons naturels
suggère que le géothermomètre, mis en évidence ici, est un bon géothermomètre
(sans correction significative de composants autres que Fe et Mg). Ce
géothermomètre a une résolution maximum pratique d'environ ± 50°C, ce
qui correspond à des erreurs de ± 0,01 sur Xann, Xphl, Xalm et Xpy. Le couple
grenat-biotite est donc un très bon géothermomètre.
