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Tectonique en extension :
Le graben du Rhin.
Julien BERTHOLON
Licence Sciences de la Terre - Université de Cergy-Pontoise
- Lundi 22 janvier 2001
Un
graben est une structure étroite et allongée limitée par des champs de failles
normales conjuguées de sens de rejet opposé (champs antithétiques de failles
synthétiques). Ces failles, souvent listriques et à fort rejet, engendrent
généralement une géométrie de blocs basculés. Cette structure extensive doit
évoluer vers la création d'un océan (création d'un rift actif et expansion
océanique).
Le
graben du Rhin est une relique d'océanisation avortée. En effet, cette
structure est restée figée avant de donner lieu à un océan. Il est en relation
avec les autres grands graben d'Europe de l'ouest.

La situation du graben rhénan :
Le
graben rhénan (Fig. précédente) est situé à la frontière de l'Allemagne et de
la France. Au Sud, ce graben est délimité par les massifs cristallins des
Vosges et de la forêt noire. Ce fossé d'effondrement, ouvert au cours de
l'Oligocène, est rempli par des dépôts tertiaires. La direction du fossé est
oblique par rapport aux structures hercyniennes du socle SW-NE.
L'évolution du fossé :
Au Secondaire, la sédimentation est
uniforme et épaisse de 1500 m en moyenne. La stratification est parallèle à la
surface d'érosion du socle hercynien. Au début du Tertiaire, la pénéplanation
s'achève, accompagnée d'un volcanisme alcalin (Eocène inférieur) qui peut se
traduire par le début d'une extension. Cette déformation s'affirme à l'Eocène
par l'apparition de sédiments lacustres (faible profondeur, pas de courant)
très épais et surtout au début de l'Oligocène où il y a effondrement de la
partie Sud du fossé. Ce fossé est envahie par la mer chassée des Alpes et se
déposent alors des marnes, parfois gréseuses, contenant du sel gemme et des
sels de potasse (exploités à Mulhouse), ainsi que la roche mère du pétrole de
Pechelbronn. Dès la fin de l'Oligocène, se produit une régression générale
marquée par le retour des sédiments lacustres. Cette régression (dont la cause
est un soulèvement de la région) est issue de la formation des Alpes et on note
qu'elle s'atténue vers le Nord. Ce soulèvement va durer tout le Miocène et la
partie Sud du graben sera érodée.
Une
seconde phase d'extension intervient à la fin du Miocène (à cause de la
nouvelle crise tectonique alpine). Les contraintes ont des orientations
différentes et les failles existantes rejouent de manière sénestre. Le fossé va
à nouveau s'effondrer, surtout au Nord puisque la subsidence est la plus
grande. La sédimentation reste partout fluviatile. Le mouvement est donc un
basculement du Sud vers le Nord puisque l'extension commence au Sud au
Paléogène et se termine au Nord au Néogène.

La tectonique :
Les failles responsables du fossé
rhénan sont des failles orientée NNE pour certaines (première phase) et NE pour
les autres (seconde phase). Sur le bord du fossé, les failles vosgiennes (ou
externes) sont de type synthétiques avec un pendage de 40 à 60°E et un rejet de
l'ordre de 800 m. Les failles rhénanes (ou internes) ont généralement un
pendage de 70 à 80° et leur rejet est compris entre 1500 et 1800 m.

Les
données de sismique réflexion, le long de deux coupes perpendiculaires au
fossé, permettent de visualiser la déformation en profondeur sous les dépôts
cénozoïques. Une des caractéristique principales de la déformation est son
asymétrie. L'épaisseur maximale des dépôts cénozoïques n'est pas observée à
l'aplomb de la croûte la plus mince mais 15 km plus à l'ouest sur la profil sud
et plus à l'est sur le profil nord. Les dépôts cénozoïques remplissent un
demi-graben s'épaississant vers l'est ou vers l'ouest selon la région. Les
failles bordières sont donc d'importance inégales. La géométrie du fossé et la
localisation du centre de dépôts des sédiments sont contrôlés par une faille ou
une zone de cisaillement que l'on peut suivre jusqu'à la base de la croûte supérieure.
Cette faille rejoint en profondeur une région très amincie de la croûte
inférieure litée décalée par rapport au maximum de subsidence cénozoïque. Ces
failles majeurs ne traversent pas la croûte inférieure. Sur le profil nord, une
épaisse zone de cisaillement la prend en relais dans la partie la plus profonde
de la croûte et le manteau supérieur. Nous n'observons pas cette zone de
cisaillement sur le profil sud. La déformation est donc accommodée différemment
dans la croûte supérieure et dans la croûte inférieure. Aux failles de la
croûte supérieure succèdent une épaisse zone où la déformation de la croûte
inférieure est distribuée. L'amincissement crustal est localisé le long d'une
faille majeure et de quelques failles annexes dans la croûte supérieure, et sur
un domaine épais dans la croûte inférieure. On retrouve éventuellement une zone
de déformation localisée à la transition croûte inférieure manteau. On retrouve
ici la stratification rhéologique de la lithosphère continentale avec un niveau
de croûte supérieure cassante, un niveau de croûte inférieure ductile et un
niveau de manteau supérieur cassant.


Le mécanisme de formation :
L'analyse structurale des
déformations traduit d'abord une compression méridienne, Eocène supérieur,
contemporaine au plissement alpin. Elle produit des systèmes de décrochement conjugués
dextres NW-SE et sénestre NE-SW. Les fentes de tension témoignent aussi de
cette compression. Mais dès l'Oligocène, la contrainte principale devient
verticale (stries verticales superposées aux stries horizontales de l'événement
précédent) et crée des failles normales antithétiques dans un champs extensif
orienté E-W limitant le panneau effondré. La contrainte minimale est légèrement
oblique à cause des structures anciennes qui commandent son orientation.
Au Néogène, le champs de contrainte
se modifie et la compression devient NW-SE. Le fossé joue alors en décrochement
sénestre alors qu'à la même époque, le fossé du Bas-Rhin s'individualise
parallèlement à ce nouvel axe.
Les données de la géophysique :
Nous pouvons noter dans cette région
une anomalie gravimétrique négative due à la présence de sédiments dans le
graben (déficit de masse car les sédiments sont moins denses que le socle). Le
flux thermique est fort et l'affaissement du fossé actuel est de l'ordre de 0,2
à 0,7 mm/an. Nous notons aussi une anomalie magnétique issue de la remontée du
manteau sous la croûte inférieure.
Le volcanisme :
Le fossé rhénan s'accompagne d'un
volcanisme alcalin. Les laves riches en carbonates s'infiltrent dans les
fissures de failles. Il débute à l'Eocène, se développe au Miocène avant de s'y
terminer. Côté français, ce volcanisme est réduit à des dykes alors que du côté
allemand, il crée les volcans de Kaiserstuhl au Sud et de Vogelsberg au Nord.
Au niveau de ce premier, le manteau est situé à 24 km de profondeur, la plus
forte remontée de la région.
Le fossé d'effondrement rhénan est
un exemple de bassin extensif. Son état avorté nous renseigne sur les
conditions de formation d'un rift, notamment la déformation profonde figée dans
la croûte inférieure litée et dans le manteau supérieur. Il nous a aussi
redémontré la structure de la lithosphère continentale avec son alternance de
niveaux cassants et ductiles. Ce fossé aurait pu donner lieu à un océan s'il
avait continué son extension vers l'apparition d'un rift actif. C'est alors
l'expansion océanique qui aurait pris le relais.